Les entreprises du secteur de la construction misent sur l’IA et les drones, mais se heurtent à des problèmes sur la qualité des données
Les principaux gains d’efficacité passent par des informations fiables sur chantier
KONTICH – Entre multiplication des faillites et marges réduites, le secteur de la construction et de l’installation est soumis à rude épreuve. Malgré les investissements dans de nouvelles technologies, les bénéfices s’évaporent au quotidien sur les chantiers en raison de logiciels cloisonnés, de groupes de discussion informels et du temps consacré à rechercher les bonnes données. Autrement dit, un fossé sépare les investissements dans des technologies de pointe et les processus numériques de base sur chantier. Selon AFAS, spécialiste de la digitalisation, cette situation constitue actuellement un problème de rentabilité sous-estimé par l’ensemble du secteur.
La pression économique sur le secteur belge de la construction reste forte. Selon les chiffres de Statbel et de Bouwunie, le secteur a enregistré 2 780 faillites en 2025, soit une hausse de 6,1 %. Aujourd’hui, une faillite sur quatre en Flandre concerne même la construction. Embuild ne prévoit par ailleurs qu’une croissance marginale de 0,2 % pour 2026. Le coût élevé des matériaux, la hausse des salaires et les conditions contractuelles strictes contraignent les PME de la construction et de l’installation à surveiller étroitement leurs dépenses d’exploitation.
Dans le même temps, une étude d’Embuild montre que le secteur rattrape sérieusement son retard technologique. Elle révèle, en effet, que 26 % des entreprises de construction et d’installation ont recours aux drones, 23 % travaillent avec un logiciel BIM et près de quatre sur dix explorent les possibilités de l’IA.
Le paradoxe des données coûte des dizaines de milliers d’euros aux PME
Il en résulte un paradoxe étonnant. Alors que les entreprises du secteur de la construction investissent massivement dans des technologies de pointe, les chiffres d’Embuild montrent qu’une sur trois se heurte précisément à une qualité insuffisante des données. À peine 11 % d’entre elles utilisent l’IA pour le suivi des chantiers. Dans de nombreuses PME, la communication quotidienne entre le chantier et le siège administratif central transite encore par quatre à six logiciels différents, des dossiers de chantier papier et des groupes WhatsApp informels. Des informations essentielles, telles que les plans d’exécution modifiés, les photos de réception, les travaux supplémentaires et les relevés d’heures, se retrouvent ainsi dispersées. Si un chef de projet passe en moyenne 45 minutes par jour à rechercher les bonnes données, à effectuer des corrections manuelles et à encoder deux fois les mêmes informations, une PME qui emploie six responsables de projet perd facilement 45 000 euros par an en temps de travail improductif.
« En pratique, nous constatons que les entreprises de la construction commencent souvent leur digitalisation par le siège et la comptabilité », explique Machiel den Dekker, directeur d’AFAS Software en Belgique. « C’est prendre le problème à l’envers. L’essentiel du travail et des coûts se situe en effet sur chantier : heures prestées, matériaux consommés, écarts et avancement quotidien. Si ces données n’arrivent au bureau que plusieurs jours plus tard ou par différents canaux cloisonnés, le reporting de projet accuse forcément un retard. Il est impossible de maîtriser des marges serrées si l’on ne découvre les dépassements budgétaires qu’au moment du décompte final. »
Trois évolutions structurelles dans le secteur de la construction
AFAS distingue trois tendances claires dans le parcours de numérisation des entreprises actives dans la construction :
- Des canaux de discussion fragmentés aux dossiers de chantier centralisés : les applications de chat informelles et les dossiers physiques cèdent la place à des applications mobiles de chantier. Les mises à jour, les photos et les notes d’avancement sont ainsi immédiatement intégrées dans le dossier central du projet.
- Une liaison directe entre le chantier et l’administration : les entreprises remplacent les solutions intermédiaires fragiles par des intégrations directes. Les données du chantier sont transmises automatiquement au bureau, sans que personne ne doive réencoder manuellement les bons de travail papier ou les relevés d’heures.
- Les données, socle de l’IA et du suivi des marges en temps réel : la constitution de données de projet structurées est indispensable pour passer d’un calcul des coûts a posteriori à un pilotage en temps réel du compte de résultat pendant l’exécution du projet.
« La digitalisation du chantier ne consiste pas fondamentalement à multiplier les logiciels, mais à apporter de la visibilité et de la sérénité sur le terrain », conclut Machiel den Dekker. « Lorsque les chefs de projet et les professionnels de terrain travaillent à partir d’une source d’information unique, ils ne perdent plus de temps à chercher des données ni à corriger manuellement des erreurs. C’est la seule manière pour les entreprises de construction de protéger leurs marges sur ce marché volatil. »
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Cas pratique du groupe Iris : 842 projets mieux pilotés depuis le terrain
La transformation du groupe Iris, spécialiste des travaux de peinture industrielle et de rénovation qui emploie 360 collaborateurs en haute saison et gère 842 projets opérationnels actifs, illustre bien que la rationalisation des flux d’information ne s’effectue pas d’une simple pression sur un bouton. Iris utilisait des logiciels disparates et voyait augmenter le risque d’erreurs lors du transfert des données. Au lieu de miser sur une mise en œuvre rapide du logiciel, la direction a opté pour un processus de changement progressif fondé sur les besoins réels du terrain.
« Sur le papier, la digitalisation paraît toujours simple, mais la réalité du chantier est très différente », explique Wim Mussche, COO d’Iris. « Si les personnes présentes sur le chantier n’en retirent aucun avantage direct, le logiciel ne fonctionne pas. Nous avons d’abord analysé nos processus opérationnels de A à Z. Ce n’est qu’après qu’ils aient été clarifiés que nous avons déployé progressivement des applications mobiles auprès de plus de 200 ouvriers. Aujourd’hui, ils encodent leurs heures et introduisent leurs demandes de congé sur leur smartphone. Sur les sites de grands donneurs d’ordre, comme le port d’Anvers ou TotalEnergies, ils présentent aussi directement leurs certificats de sécurité au format numérique. »
Selon Wim Mussche, la direction doit piloter elle-même une telle transformation. « Au début, dans mon rôle de COO, j’ai assumé environ 70 % du travail nécessaire pour faire avancer le projet. Si le management ne maintient pas fermement le cap et n’accompagne pas les équipes sur le terrain, les collaborateurs reprennent vite leurs anciennes habitudes et reviennent aux groupes de discussion informels à la première résistance. »
Wim Mussche, COO du groupe Iris, est disponible pour des interviews ou pour fournir des explications complémentaires sur ce cas pratique.
Note à la rédaction (ne pas publier)
Sources
- Faillites et croissance sectorielle : Statbel et Bouwunie (2 780 faillites en 2025, +6,1 %, soit une faillite sur quatre en Flandre). Prévisions d’Embuild pour 2026 (croissance sectorielle de 0,2 %).
- Statistiques sur la digitalisation et l’IA : enquête d’Embuild sur les technologies dans le secteur belge de la construction et de l’installation (26 % utilisent des drones, 23 % le BIM, près de 40 % expérimentent l’IA, 30 % sont freinées par la qualité des données et 11 % recourent à l’IA pour le suivi des chantiers).
- Calcul de rentabilité (45 000 euros) : ce calcul repose sur un coût salarial moyen de 50 euros par heure pour les responsables de projet dans le secteur belge de la construction et de l’installation. Une perte de 45 minutes par jour et par chef de projet représente environ 150 heures improductives par an. Pour une organisation qui emploie six chefs de projet, cela correspond à un coût annuel de 45 000 euros consacré à la recherche d’informations et à la correction d’erreurs dans les données.
CONTACT
RCA PR - Charlotte Ries – charlotte.ries@rcapr.be – 0489 32 71 00